Promenade en mer en DUKW – Malo-les-Bains 1950

C’est la petite histoire d’un DUKW 353 – 6×6 amphibie qui a fait le bonheur des vacanciers de Malo-les-Bains en 1950 et pendant 18 ans. Le DUKW est un engin de débarquement américain conçu par General Motors Corporation, c’est le héro du débarquement américain de la deuxième guerre mondiale en Normandie. Je vous invite à aller lire mon article à son sujet, ici.
Celui de Malo-les-Bains, petite commune à l’est de Dunkerque (à 11 km de la frontière Belge) a été acheté dans un surplus de l’armée par M. Ménart et Monsieur Roland Verhaege lui a achèté un DUKW 353 en 1950 qu’il baptisera ‘Le Charlot’.
Mr Verhaege pouvait transporter une quarantaine de personnes à son bord, il démarrait de la plage et permettait à de très nombreux touriste de faire une sympathique balade pour une somme qu’on disait assez chère à l’époque, 100 francs pour les adultes et 30 francs pour les enfants.
C’est le dimanche 25 août 1968 à son 6ème voyage, vers 16h00 que son histoire s’arrêta. Il y avait 35 personnes à son bord et une lame de fond est venue retourner le DUKW pourtant non loin de la plage de Dunkerque par un vent de 45 km/h. Une femme et une enfant y laisseront leur vie, malgré les centaines de personnes présentes qui feront leur maximum pour secourir les naufragés.
Aujourd’hui il est toujours possible de faire des virées en mer à Malo-les-Bains, mais plus en DUKW, les amphibies, c’est de l’histoire ancienne.
Version colorisée

GMC DUKW 353 – 1942

Le DUKW a été construit par Yellow Truck & Coach Manufacturing Co. rebaptisé GMC Truck & Coach Division fin 1943

Selon la nomenclature GMC de 1939, son nom se décompose comme tel :

D (année de conception initiale) = 1942
U (configuration du véhicule) = amphibie
K = entraînement de l’essieu avant
W = entraînement de l’essieu arrière (combinaison de KW= Modèle 6×6)

C’est un camion 6×6 équipé d’une coque intégrale en acier soudé, d’une hélice marine avec une pompe de cale et un gouvernail. Le gouvernail est lié à la colonne de direction, il dirige le véhicule dans l’eau quand on tourne le volant.

Ce n’est pas un 6×6 simple car le moteur entraîne aussi l’hélice aquatique et le treuil arrière. Il y a d’ailleurs des leviers d’embrayage pour ces 2 équipements, en plus des leviers classiques.

Très vite, il prit le surnom de duck (canard).
Le premier essai eut lieu le 3 juin 1942 à Milford dans le Michigan.
La commande initiale a été passée pour 2.000 véhicules. Un total de 21.147 DUKW ont été construit jusqu’à la fin de la production en août 1945.
Plus de 500 modifications ont été apportés au cours sa vie, d’août 1942 à août 1945.

Cet engin permet de transporter une grande quantité de matériel divers (jusqu’à 5.000 livres en temps normal, mais 10.000 livres dans des conditions idéales) ou 25 soldats équipés.

Sur les derniers modèles une pompe à pneu fonctionne en permanence lorsque le moteur est en marche et régule la pression des 6 roues

Longueur : 9,45 m
Largeur : 2,50 m
Hauteur : 2,70 m
Garde au sol : 0,30 m
Poids à vide : 6.560 kg
Poids en charge : 9.450 kg
Vitesse maximale dans l’eau : 10 km/h
Vitesse maximale sur route : 70 km/h
Autonomie maximale dans l’eau : 80 km
Autonomie maximale sur terre : 385 km
Armement optionnel : une mitrailleuse Browning de 12,7 mm, Il y a aussi des versions avec des lances roquettes
Transport : 25 soldats équipés ou possibilité d’embarquer jusqu’à 2.500 kg de matériel
Moteur : GMC 270 à 6 cylindres, 4.417 cm3 de 91,5 chevaux à 2.750 tr/min

Dukw sur la Seine en France

Très utilisé lors des exercices amphibies, et notamment lors du Débarquement de Normandie, sa manœuvrabilité permet au DUKW d’effectuer la navette entre les navires de transport et la plage ou encore traverser des rivières.

Photo perso, DUKW dans un dépôt militaire près de Paris (au dessus) et à Reims (en dessous)

Utilisés lors de la guerre de Corée, les GMC DUKW 353 ont été très appréciés par les soldats américains. Le DUKW est resté en service jusque dans les années 1960.

Ravitaillements de DUKW auprès d’un pétrolier

Il y a eu plusieurs tentatives de remplacement des DUKW, notamment :

En 1950, ​​un DUKW était équipé d’hydrofoils pour devenir le « Flying Duck »
Le GM XM147 Super Duck
Le GM XM148 Gull
Lle GM XM157 Drake

Le Flying Duck  à hydrofoils

A quel moment les Marines sont-ils les plus vulnérables ? A la vitesse de seulement 5 nœuds (9,26 km / h) sur l’eau dans un DUKW…
En 1956, le colonel Frank Speir du bureau de design spécialisé a proposé de retirer le canard de l’eau. « Soulevez-le sur les hydroptères en augmentant considérablement la vitesse ». Et en 1957, le Flying Duck a été construit.

Les deux ailes avant (en forme de L, avec une envergure de 2,74 mètres chacune) et l’aile arrière en forme de T inversé (balançoire de 3,65 mètres, pivotant, avec une vis) pouvaient se replier. En vol, l’essentiel était de savoir à quel moment il fallait replier les ailes pour qu’elles ne touchent pas le fond. 

Bien sûr, avec un moteur natif de 91,5 ch il n’était pas possible de faire grand-chose… Alors dans la soute, ils ont installé un moteur d’hélicoptère, le puissant Lycoming T-53 de 860  ch. 

A priori des tests de foils avaient été fait sur un bateau équivalent en taille et en poids

C’est la société Miami Shipbuilding Corp. qui à construit le Flying Duck à hydrofoils et aux dires des différentes sources, l’engin allait à  plus de 30 nœuds, entre 60 km/h  et 96,5 km/h. Le succès a été immédiat, en quelques minutes le DUKW pouvait se sortir de situations dangereuses rapidement. 

Mais pourquoi a-t-il été abandonné aussi rapidement ? La réponse est simple, il n’y avait plus de place dans la machine expérimentale pour la charge utile. La turbine à gaz prenait beaucoup trop de place et les systèmes relevables d’hydrofoils aussi.

Le XM147 DUKW Super Duck

C’est un véhicule amphibie de l’armée construit sur une période de deux ans et testé à Aberdeen Proving Ground de 1956 à 1957. L’armée avait besoin d’un véhicule qui se comportait comme un bateau dans l’eau et un camion à terre. En 1953, le prototype doté d’un moteur de 145 ch a été mis à l’essai. Il pourrait transporter 4 tonnes de fret à une vitesse de 80 km/h sur une route et 12 km/h sur l’eau. La cabine était entièrement en métal avec des vitres latérales coulissantes et des pneus de 15,50 x 20.

La Super DUKW avait des problèmes de freins, de direction et de refroidissement du moteur. La forme de sa coque posait des problèmes de vitesse dans l’eau. Il a été fabriqué par General Motors et était en service de 1953 à 1980.

Ce véhicule unique est encore exposé sur le terrain du 45th Infantry Division Museum à Oklahoma City.

Le XM148 Gull

À la fin de la Première Guerre mondiale, la société JJ. Brill a construit le prototype du XM148 Gull,  6×6 amphibien militaire de 5 tonnes, dont la caractéristique principale était un corps arrondi en fibre de verre. Il utilisait un moteur à essence Hall-Scott de 250 ch, une boîte manuelle à 5 vitesses Spicer, une boîte de transfert du Wisconsin à 2 vitesses et deux hélices d’un diamètre de 83 cm. La vitesse sur terre était de 96 km/h et 13 km/h dans l‘eau.

Malheureusement, malgré un certain nombre de solutions innovantes avec une puissance de moteur augmentée et d’autres innovations, cet amphibie avec une capacité de charge de 4,53 tonnes était constitué d’un très mauvais plastique qui le rendait très vulnérable et difficile à réparer. De plus malgré sa plus grande puissance il n’égalait pas le DUKW et consommait trop d’essence.

Les tests ont aussi révélé un essieu avant beaucoup trop fragile. Malgré une deuxième version un peu améliorée, le XM148E1, l’armée Américaine n’a pas donné suite au prototype, et la société Brill à alors déposé son bilan cette même année.

Le XM157 Drake

Lors des études pour un nouvel amphibien SUPER-DUKW, conçu pour remplacer le bon vieux DUKW, un problème intéressant s’est posé,  en sortant de l’eau, à l’atterrissage, la répartition de la charge était telle que les roues avant s’enfonçaient ou même s’enterraient instantanément dans les sols meubles. La proposition d’installer deux axes à l’avant pour réduire la charge sur le train était logique.

Peu à peu, au cours de la construction, une machine complètement différente a commencé à apparaître sur la planche à dessin des concepteurs de GMC. Le gros transporteur avait déjà reçu deux moteurs de 145 ch, et pour ne pas s’embarrasser de la synchronisation des 2 moteurs, il a été décidé de les répartir le long des axes. En un sens, un moteur a fait tourner le premier et troisième essieu, l’autre fait tourner  le deuxième et le quatrième essieu. En même temps, chaque moteur avait sa propre transmission automatique, une boîte de transfert à deux vitesses et une boîte de dérivation à deux vitesses à travers laquelle tournaient deux hélices rotatives (se relevant lorsqu’elles se déplaçaient à terre) .

La suspension était également intéressante, au lieu des éléments élastiques traditionnels, les roues étaient suspendues à des « coussins » gonflables, ce qui modifiait la pression, ce qui permettait de modifier la garde au sol et de tirer légèrement les roues dans la coque dans l’eau, réduisant ainsi la résistance au mouvement.

La longueur de l’amphibie était de 12,8 m, la largeur 3,05 m, la hauteur dans la cabine 3,3 m. Avec une masse maximale légèrement supérieure à 22 tonnes, le XM-157 Drake peut transporter jusqu’à 8 tonnes de fret à une vitesse de 70 km/h par voie terrestre et à 14,5 km/h par voie d’eau. Pour une distance de 700 km (par voie terrestre). Une telle opération nécessitait de brûler 636 litres d’essence, répartis dans quatre réservoirs.

Et maintenant, passons à la raison pour laquelle l’engin n’a pas été produit. Deux moteurs, deux boîtes de vitesses automatiques, deux fois plus d’entretien et des réglages difficiles et un « bonus » en lacet lors de la conduite dans l’eau (logique, puisque les moteurs ne sont pas connectés mécaniquement, la synchronisation des rotations des hélices est irréelle), deux fois plus de cout, un engin trop cher, même s’il était réussi.

Comparaison avec le DUKW à gauche, le Super Duck au milieu et le Drake à droite

Et aujourd’hui, qu’en est-il des engins amphibies de débarquement ?

Engin de débarquement amphibie rapide (EDA-R)
Landing Craft Amphibious Catamaran (LCAT)

Missions :

  • Transport et débarquement rapides de troupes et de véhicules
  • Acheminement logistique
  • Opérations humanitaires : assistance aux populations civiles et évacuations de ressortissants

Atouts majeurs :

  • Concept novateur à transformation de forme : catamaran en transit, fond plat à l’approche du littoral
  • Grande manœuvrabilité : 180° en 40 secondes, déplacement latéral
  • Débarquement sur plage et sur quai
  • Chargement et déchargement simplifiés : portes à l’avant et à l’arrière (RoRo)
  • Interopérabilité selon les standards OTAN Déploiements : Golfe de Guinée, Méditerranée Orientale, Océan Indien, Océan Atlantique

Le document officiel : Fiche+technique+EDAR

Les DUKW touristiques

Plusieurs DUKW sont toujours en état et sont utilisés pour faire des parcours touristiques dans les villes de Londres, Boston, Philadelphie, Pittsburgh, Baltimore, Wisconsin Dells, Seattle, San Francisco, Santa Barbara, Halifax, Liverpool, Dublin, Rotorua en Nouvelle-Zélande, Coxyde et Blankenberge en Belgique et Kobe.

Une paire de DUKW « civilisés » servent de ferries et d’attractions touristiques dans l’île anglo-normande de Jersey en permettant d’accéder à toute heure de marée au château Elizabeth, situé sur un îlot rocheux dans la rade de Saint-Hélier.

Plus anecdotique a été l’usage des DUKW pour l’exploitation ostréicole et mytilicole sur l’estran de la côte ouest du Cotentin dans les années 60 et 70 qui a été assez rapidement supplanté par l’emploi de tracteurs agricoles réformés, moins gourmands en carburant, plus fiables et surtout moins problématiques à réparer (disparition des pièces détachées).

D’autres articles sur les DUKW touristiques viendront s’ajouter à celui-ci sur SixMania

Le BAV/ZIL 485 Russe

Il ne manquait plus que la version Russe très copiée sur le GMC DUKW, il manque le plat arrière, ça permet de le reconnaitre.
Je vous laisse regarder, mais il n’est pas si mal que ça !

Le ZIL 135P Russe (MAJ 15/08/2019)

Il y a une autre version Russe, le ZIL 135P, l’amphibien du transport Dessand, créé en février 1965 sur la base du châssis du ZIL-135K…

Il me reste encore quelques photos et plans des DUKW

Quelques Maquettes

La version LEGO La version G.I. Joe

Et puis le vrai

Pour les passionnés, accédez à la DOC TECHNIQUE DU DUKW ici !

Et pour finir quelques vidéos

Anciens véhicules militaires

voiture à 6 roues


VW ? Allemand ? (09/11/2006)


Etude militaire soviétique sur un engin de franchissement articulé horizontalement (23/10/2006)


A priori le système permet de contrôler le basculement


Ancienne voiture blindée Française à 6 roues… (09/11/2006)


Les spécialistes me diront si je me trompe : Crossley Armored Cars (en Irak) (09/11/2006)


On peut aussi ajouter des chenilles


Toujours en Irak, rien de mieux qu’un 6×6 pour se déplacer dans le désert.


Fromaget 1936 (04/01/2006 pour toutes les photos qui suivent)


Berliet VPR2


Berliet VPR2


Berliet VPR2


Berliet VPM


Berliet AC


Panhard AM40P


Panhard AM40P


Renault IonFonosch


Renault SK

Les tours operators

Les tours operators


Le DUKW original

Voilà un bel exemple d’amphibie, le DUKW de la deuxième guerre mondiale, celui-là même du débarquement en Normandie… Vous souhaitez faire un tour dans un DUKW 6 roues amphibie ? C’est possible ! A Londres, Chicago, Dayton, Boston, Branson, Dells, Washington DC, Hawaii, Liverpool et probablement encore ailleurs, vous pourrez faire un tour dans l’eau !
D’après ce que j’ai compris, c’est la société Trolley-Boats qui fait les modifications des DUKW d’origine


Le modifié !


Quelques images des différents Tours possibles


Le « Yellow Duckmarine » de Liverpool !!!


Vidéo 1


Vidéo 2


Vidéo 3, hallucinant cette manœuvrabilité dans l’eau !

Tout ça c’est chouette, mais voilà, d’autres ont trouvés que le DUKW était trop vieux, alors ils ont préférés ça :


Alvis Stalwart 6×4 et 6×6, au choix sur le tableau de bord !

40 mph sur terre et 6 nœuds dans l’eau, le mode 6×6 est alors recommandé. Ce véhicule date des années 60 et pouvait avoir jusqu’à 5 tonnes de charge utile. Dans les années 80, le moteur diesel remplaça la version essence.


Après quelques modifications, voici l’Austin Duck, dans la ville d’Austin au Texas


Une course de canards à 6 roues !


Et voilà t-y pas que les Français avaient aussi leur Canard ! (14/01/2007)
Excusions en mer, en après guerre je suppose, du côté des plages du débarquement ?


Lady Duck Canadien

Le Lady Duck est un véhicule amphibie aménagé pour transporter jusqu’à 12 passagers pour des visites guidées sur terre et sur l’eau dans la région de la capitale Canadienne, Ottawa et sur la rivière des Outaouais. Le véhicule a été conçu et construit par son propriétaire, qui l’a mis en service au début de la saison touristique en juin 2001.

Le véhicule est basé sur un châssis de camion Ford F-350 transformé. Le moteur à essence d’origine sert à l’exploitation sur route. Un moteur semi-hors-bord Mercruiser à essence a été ajouté à l’arrière pour assurer la propulsion sur l’eau.

Le bas du châssis est entouré de tôle d’acier soudée et boulonnée, et les côtés sont prolongés vers le haut pour envelopper une structure flottante. Les roues et la suspension du camion se trouvent à l’extérieur de la coque étanche. La largeur utile du châssis est augmentée par l’ajout, de chaque côté, de caissons (flotteurs) partiellement remplis de mousse plastique rigide pour améliorer la stabilité transversale et la flottabilité ainsi que pour régulariser l’assiette sur l’eau.

Si nous avons autant de détail, c’est grâce au rapport d’accident du 23 juin 2002, après un premier tour avec des problèmes sans gravité, le deuxième tour est lui mortel pour 4 passagers, le Lady Duck à bel et bien coulé par 8 mètres de fond, avant de pouvoir atteindre un point de remontée de la rivière.

Si vous souhaitez lire le rapport complet en français, c’est ici : http://www.tsb.gc.ca/fr/reports/marine/2002/m02c0030/m02c0030.asp

Nos amis Belges disposent aussi de leur version toujours active (Merci à Claude 31/01/2007). Le Crocodile Rouge c’est la façon dernier cri d’explorer les Lacs de l’Eau d’Heure. Cet incroyable véhicule a l’habilité de voyager sur l’eau comme sur la terre. Vous êtes invités à participer à une aventure inoubliable, un voyage qui vous envoie dans un monde merveilleux.

Pour l’essayer, une seule adresse : http://www.lecrocodilerouge.be/index.html


Un étrange Bus amphibie, Elizabeth Whitby Steam Bus (28/01/2008)